Compte-rendu du stage transdisciplinaire
lettres – philosophie – histoire-géographie – SES
« Les pédagogies de l’argumentation »
Les 15 et 16 novembre 2006
Le 15/11/2006
Présentation des différents exercices d’argumentation proposés aux élèves au baccalauréat dans les différentes disciplines représentées.
Cf. fiches méthodologiques fournies pour chaque discipline.
En français : étude d’un corpus de textes (1h30) commentaire, dissertation, invention (2h30)
Rappel des notions « Démontrer, convaincre, persuader, délibérer »
[Destinant ce compte-rendu aux collègues de lettres, je n’entre pas dans le détail de ces différents exercices.]
En philosophie : 4h : trois sujets au choix : deux sujets de dissertation, un commentaire de texte :
1. Dissertation : question sans document sur une ou plusieurs notions imposées au programme. On n’attend rien a priori du candidat en terme de contenu ; le candidat est libre de démontrer ce qu’il entend.
2. Commentaire : texte d’un auteur au programme (en série générale pas de question, mais suit au texte la mention : « la connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question » ; en STG le texte est accompagné de questions afin d’aider le candidat à l’expliquer).
En histoire-géo : 4h : une épreuve longue (2h30) suivie d’une épreuve courte (1h30)
1. Epreuve longue au choix : dissertation ou commentaire (les élèves ont le choix de l’exercice mais pas celui de la matière – histoire ou géographie – imposée par le sujet).
a) Dissertation appelée « composition » : il s’agit de présenter à partir d’un sujet, un problème. Intitulé sec, sans document.
b) Commentaire : étude d’un ensemble documentaire, quatre ou cinq questions, confrontation des documents => problématiser. La réponse doit être organisée en deux ou trois parties.
L’épreuve du commentaire en très majoritairement choisie par les élèves (environ 75%)
2. Epreuve courte au choix (discipline imposée différente de celle de l’épreuve longue).
a) Commentaire d’un document, quatre questions. Réponse sous forme de paragraphe argumenté.
b) Croquis, légende : démarche argumentative sous forme cartographique.
En SES : 4h : deux sujets au choix (5h pour les spécialités)
1. Dissertation : six documents de nature différente, une question. Pas d’obligation d’utiliser tous les documents.
2. Question de synthèse étayée par un travail préparatoire : trois ou quatre documents.
Un travail préparatoire de cinq à sept questions évalué sur 10.
L’analyse des documents n’est pas laissée à l’initiative des candidats : des questions précises impliquent la maîtrises des connaisses et d’outils.
La réponse à la question de synthèse évaluée sur 10.
*Pour les disciplines HG et SES, on s’accorde sur le fait que la dissertation peut amener à deux types de plans : dialectique ou analytique.
*En philosophie :
1. la dissertation : doit être rédigées, une introduction problématique (induite par la précision du sujet), un développement et une conclusion (quoiqu’en toute logique, la conclusion ne soit pas nécessaire ; elle est vivement souhaitable par souci de clarté). le plan requis est en trois parties qui forment trois réponses différentes à la question posée et au problème soulevé. Les transitions sont des éléments fondamentaux dans la progression de la réflexion. Si le devoir ne comporte pas de transitions, la réflexion ne peut être considérée comme une démonstration. En effet, la transition a une fonction liante et progressive en ce qu’elle restitue la dimension problématique de la dissertation après le développement d’une thèse : elle permet donc de continuer la réflexion (en X parties, n’était le temps imposé de 4 heures qui limite à 3 parties). Au niveau de chaque partie, les professeurs de philosophie privilégient en général le raisonnement hypothético-déductif en ce qu’il constitue un pont entre la philosophie et les sciences et se voit être un procédé majeur de l’apprentissage de la raison . D’une certaine définition des concepts (hypothèses), on procède à un raisonnement déductif afin de parvenir à ce que l’on voulait démontrer. Les arguments doivent être structurés selon cette logique déductive que le candidat est libre d’inventer (quoique le cours de l’année soit là pour l’y aider : mais le lien du cours (comme savoir constitué durant l’année) au sujet précis posé constitue le champ de liberté propre au candidat ; toute récitation du cours sans lien avec le sujet est sanctionné comme hors sujet). A cette argumentation conceptuelle, le candidat peut et doit joindre des exemples : le but est de montrer une aptitude à faire se rejoindre un discours théorique avec le champ du réel (ce réel prenant forme à travers la théorie exposée). Un exemple en lui-même, s’il n’est pris dans un champ théorique, n’a aucune valeur démonstrative et une démonstration qui confond argument et exemples est durement sanctionnée.
Le but de la dissertation est l’apprentissage d’une pensée par soi, quoique appuyée sur des auteurs et de l’écriture d’un « je » qui tend à l’universalité.
2. le commentaire : Il s’agit de dégager le problème philosophique qui est en jeu dans le texte et d’en proposer un examen qui suive sa progression. Une introduction, un développement linéaire et une conclusion doivent être rédigés sans titres de parties. [Les élèves ont, dans les faits, la possibilité dans le commentaire de discuter les idées proposées par le texte et d’offrir une critique après l’explication. Une transition problématique devra être rédigée entre les deux parties. Attention, cette tolérance contrevient aux nouvelles Instructions Officielles.]
Attentes : les élèves arrivent au bac avec une culture générale, une méthode, la maîtrise de la langue. Il y a donc un héritage des classes antérieures, notamment de lettres, et le cours de philosophie de l’année sert à les rendre capables de pouvoir aborder n’importe quel texte proposé même si l’auteur n’a pas été vu en cours. Prime donc dans cette épreuve, non un savoir constitué durant le cours mais l’apprentissage conceptuel, la méthode acquise durant l’année.
Le 16/11/2006
Compétences à réunir pour les élèves, à développer par les profs.
Pour argumenter :
cerner une problématique, une situation de problème ;
constituer un savoir ;
conduire une réflexion (comment adapter sa démarche au travail demandé, inscrire son propos dans une progression logique, quels savoirs mobiliser) ;
mener une analyse (d’énoncés, de textes, de documents en tous genres) ;
construire un raisonnement (lui donner une clarté, une cohérence, une efficacité).
Travail en ateliers transdisciplinaires.
Thèmes :
1. Chercher des idées.
2. Construire un paragraphe argumenté.
3. Définir les constituants de l’argumentation.
4. Formaliser, mettre en forme l’argumentation.
5. Points communs aux disciplines / spécificités propres aux disciplines.
Restitution des travaux en ateliers.
1. Chercher des idées.
a) Définir les mots-clés : dans les disciplines HG et SES, certains concepts sont définis a priori par les instructions officielles, ce sont des connaissances sur lesquelles l’élève doit s’appuyer pour analyser le sujet.
La définition d’un terme spécifique est obligatoire dans l’introduction en SES.
En lettres et philo, l’élève est invité à la contextualisation de l’énoncé, à la réflexion sur le sens des termes qui le constituent. Son attention doit porter sur la polysémie des mots, sur les connotations et autres subtilités.
b) Le travail sur les exemples (connaissances théoriques, réalités, extraits de textes, documents)
La recherche d’idées peut être orientée par l’examen des exemples dont disposent les élèves.
Les documents éventuellement fournis peuvent proposer des exemples qui délimitent le sujet, le contextualisent.
L’exemple se caractérise généralement par son lien à la réalité, présente ou passée ; il a une valeur illustrative.
Le travail sur les exemples est une démarche d’abstraction : l’exemple peut être le point de départ d’une réflexion.
c) L’attitude de décentrement (mise à distance, changement de point de vue, renversement dialectique)
Il s’agit de relativiser une position personnelle en envisageant et en étayant une thèse à laquelle on n’adhère pas spontanément. L’objectif est de développer l’esprit / la distance critique chez l’élève.
2. Les compétences de lecture et de rédaction du texte argumentatif.
Comprendre
repérer les idées et les structures
distinguer thèse / arguments / exemples
expliciter les mots-clés
dégager les enjeux d’un texte
Composer
Rédiger
exploiter les documents et exemples
exploiter sa culture personnelle
forger des arguments valides, pertinents
composer un plan
composer une intro et une conclusion
ménager des transitions
intégrer des citations
Communiquer
clarté et précision des propos
importance de la mise en page
correction de la syntaxe et de l’orthographe
3. Réflexion sur le vocabulaire.
*Utilisation du terme « concept » en philo et SES : défini comme une représentation mentale se rattachant à un idéologie, un courant de pensée. C’est une « idée abstraite et générale » ( par exemple, chez Kant, il existe les concepts purs, a priori ou catégories de l’entendement (unité, pluralité, causalité, nécessité…) et les concepts a posteriori ou empiriques (qui font se rejoindre les catégories ou concepts purs, et le réel). Il est à noter que la conception… du concept varie selon les auteurs, notamment en fonction de son origine (empirique, a priori… ). La définition donnée ci-dessus est donc contestable (voir la difficulté de distinguer définition, idée et concept…).
Ce terme n’est pas utilisé en lettres (même s’il existe par exemple le concept de héros, de narration…). Plus usuels en revanche sont, en lettres, les termes de « conception » (de l’écriture, du beau...), de notions (de genre, de registre…).
* Interpréter : faire apparaître la richesse du texte ; construire un sens à partir de l’observation et de l’analyse ; restituer l’unité d’un texte.
La démarche pose deux questions : comment interpréter ? et pourquoi interpréter ?
*Argument : preuve, justification d’une thèse (en SES, en HG et en philo, ce terme a un sens plus restreint qu’en lettres). L’argument est développé dans un raisonnement (inductif, causal, déductif, analogique, hypothético-déductif)
+ en lettres, mise en œuvre de procédés de persuasion (questions oratoires, registres, figures de style…).
* Exemple (dans la rédaction) : illustration, retour à la réalité (mais l’exemple n’a pas de valeur s’il n’a qu’une fonction purement illustrative ; il doit être analysé, être intégré à un raisonnement). En HG, fait, événement précis, illustration particulière.
* Argumenter : produire un raisonnement logique et cohérent, destiné à approuver, fonder une hypothèse / position / conception ou la réfuter.
Démarche réflexive, cohérente, logique, problématique. Soutenir dans chaque partie une position ; dans la troisième partie, dépasser la contradiction si possible. La réflexion s’inscrit dans un cadre défini et contextualisé.
Evaluation de la compétence :
Pertinence de l’hypothèse, en philosophie, de la réflexion, en lettres
Pertinence des arguments qui doivent être fondés, inscrits dans une progression logique, éclairés, en lettres, par des exemples empruntés aux différentes expressions artistiques, pour être considérés valides
Doit être sanctionné le recours à des procédés de persuasion (jouant sur les sentiments, les émotions du correcteur) sauf dans l’exercice d’invention en lettres.
* Problématique :
a) Ensemble de questions que l’on se pose de façon pertinente sur le sujet.
b) Fil conducteur de la réflexion.
c) Rédigée dans l’introduction, peut prendre la forme d’une alternative posant les termes
essentiels du débat suscité par le sujet et que la réflexion développera.
d) En philosophie elle est ce sans quoi on ne peut répondre au sujet qu’immédiatement, sans
réflexion. Sans problématique, le candidat ne donnera que son propre avis immédiat (selon
son éducation, ses croyances, etc…). La problématique est donc sous-jacente au sujet et
permet de lui donner des réponses diverses voire contradictoires.
NB : La question posée sur un texte littéraire lors de l’épreuve orale (EAF) n’est pas une problématique, orientant l’analyse du candidat dans un sens déterminé.
4. La composition du paragraphe argumentatif (idéale...)
idée directrice / argument (en philo, on lui donne une forme radicalisée)
explicité(e) et soutenu(e) par un raisonnement, intégrant, en lettres, une analyse d’exemple(s)
articulée à ce qui suit par un bilan.